Mémoire au lycée Jérôme Lalande
Avant-propos
« Notre but était la défense : de l’honneur de la France, de la Liberté, dans l’immédiat et dans le futur » écrivait Gilbert Guilland, élève du lycée Jérôme Lalande lors de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), à propos des actions résistantes auxquelles il avait pris part, alors même qu’il n’était encore qu’un jeune homme.
L’histoire du lycée Jérôme Lalande de Bourg-en-Bresse est bien singulière. De son passé jésuite à son ouverture aux études supérieures, son enceinte de pierre et sa grande porte donnant sur la Rue du lycée ont vu passé bon nombre d’élèves et d’étudiants, dont certains acquirent une renommée locale, régionale voire nationale. Une période se distingue cependant. Une période au cours de laquelle plusieurs lycéens et membres du personnel enseignant s’illustrèrent en raison de leur engagement et de leur amour pour la France. En effet, le lycée Jérôme Lalande fût l’un des établissements les plus actifs dans la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale. Cette implication, importante au vu des effectifs à cette époque, et que les engagés payèrent dans leur chair et dans leur sang, fût récompensée après la guerre par la remise de la Médaille de la Résistance – le lycée Jérôme Lalande étant le seul lycée civil français a en avoir été décoré.
Présentation de la rubrique « Mémoire au lycée Jérôme Lalande »
Ce passé prestigieux résonne encore aujourd’hui dans l’établissement, à l’occasion des cérémonies annuelles organisées dans la cour d’honneur, de temps d’échanges avec les descendants ou les proches des résistants disparus ou lors d’évènements plus ponctuels. Cette rubrique, intitulée « Mémoire au lycée Jérôme Lalande », a ainsi pour vocation de préserver le souvenir de nos prédécesseurs, de faire connaître aux élèves, aux membres du personnel et plus largement à toutes les personnes désireuses de découvrir – ou de redécouvrir – des faits locaux, des individus et des lieux familiers qui ont joué un rôle à un moment clé de notre histoire contemporaine. Il s’agit, en somme, de mêler la petite histoire à la grande.
Cette rubrique se décompose en trois grandes catégories. La première est la présente rubrique et s’intitule « Accueil ». Elle constitue l’introduction et présente les objectifs de cette démarche. Il s’agit également d’apporter quelques éléments à propos de l’histoire générale du lycée Jérôme Lalande, ainsi qu’à la personnalité burgienne qui donna son nom à l’établissement.
La seconde s’intitule « Blog ». En lien avec le passé résistant de l’établissement, c’est dans cet espace que seront publiés des articles abordant les lieux importants de cette Résistance jeune – aussi bien dans le lycée que dans le centre-ville de Bourg-en-Bresse – mais aussi des biographies d’élèves et de membres du personnel engagés.
La troisième et dernière catégorie s’intitule « Dossiers partagés ». Dans cet espace, l’ensemble des articles seront répertoriés, disponibles en plusieurs langues. Il sera également possible d’accéder à des questionnaires à destination d’élèves de l’enseignement primaire et secondaire pouvant être utilisé dans le cadre de visite de l’un des deux – ou des deux – circuits mémoriels réalisés par des élèves de l’établissement.
Bonne lecture !
Présentation du lycée Jérôme Lalande
Au début de son histoire, le lycée Jérôme Lalande est un collège dirigé par des Jésuites1. Ceux-ci réalisent de nombreux travaux, tel que l’édification d’une chapelle située à côté du collège. Celui-ci devient alors un centre scientifique important dans la ville bressane.
A la suite de la Révolution française2, l’instruction publique est réorganisée. L’État décide de la création des Écoles Centrales (une par département). Les professeurs doivent alors se montrer loyaux envers la République et renoncer à toute sympathie pour la royauté. Le collège remplit cette fonction de 1796 à 1803, date à laquelle le Premier Consul Napoléon Bonaparte décrète la suppression des Écoles Centrales. Le collège devient alors une école secondaire municipale.
Le 26 mars 1857, le collège est inauguré « Lycée Impérial de Bourg-en-Bresse » à la suite d’une cérémonie religieuse présidée par Monseigneur Chalandon (ancien évêque de Belley) puis civile, dirigée par M. de La Saussaye (recteur de l’Académie de Lyon). Ce statut disparaît avec la chute du Second Empire3, en 1870. Le lycée devient alors un établissement de la République.
Sous la Troisième République4, le lycée Jérôme Lalande (nom porté depuis le 28 janvier 1891) est restructuré, agrandi et équipé. L’instruction religieuse devient facultative avec la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, mais l’influence et l’autorité de l’aumônier du lycée reste importante. C’est également à la fin du XIXème siècle que d’autres établissements font leur apparition dans la ville de Bourg-en-Bresse, notamment l’école Joseph-Marie Carriat en 1882 et le lycée Edgar Quinet, destinées aux jeunes filles, en 1888.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, le lycée Jérôme Lalande devient un lieu important dans la Résistance bressane. Élèves, professeurs, membres du personnel… Ils sont nombreux à se dresser contre l’occupant allemand et les collaborateurs de Vichy. Cet engagement n’est pas sans conséquence : 32 personnes sont tuées et 20 sont déportées. Des chiffres importants en vu des effectifs de l’époque. Cette action résistante est récompensée par l’attribution au lycée de la Médaille de la Résistance.
Après la guerre, le lycée Jérôme Lalande poursuit son développement avec l’aménagement des anciens bâtiments et la création de nouveaux, tel que l’actuel bâtiment B en 1962. Il se sépare de la chapelle des Jésuites en 1986 et ouvre ses premières Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (C.P.G.E.) en 1988. Le lycée achève sa transformation avec le départ du collège des vieux murs, Rue du lycée.
Aujourd’hui, le lycée Jérôme Lalande accueille des élèves de Seconde générale et technologique, Première et Terminale générale, ainsi que de Classe Préparatoire aux Grandes Écoles scientifiques au sein de ses 5 bâtiments principaux : le vieux lycée (bâtiment A), l’externat (bâtiment B), le petit lycée (bâtiment C), le self (bâtiment D) et le gymnase (bâtiment E). Tantôt discret, tantôt à la lumière, son passé et sa riche histoire font partie intégrante du lycée, et suit les élèves dans leur vie quotidienne et étudiante à travers des cérémonies, des fresques, mais aussi des circuits mémoriels.
1 Jésuite : Religieux appartenant à la Compagnie de Jésus, ordre fondé en 1540 par Ignace de Loyola.
2 Révolution française : Période historique s’étalant de 1789 à 1799 durant laquelle la société de l’Ancien Régime est abolie au profit d’un nouveau système politique et sociétal, la Première République (1792-1804).
3 Second Empire français : Régime politique dirigé par l’empereur Napoléon III s’étalant de 1852 à 1870, succédant à la Deuxième République (1848-1852) et précédant la Troisième République (1870-1940).
4 Troisième République : Régime politique s’étalant de 1870 à 1940, succédant au Second Empire français (1852-1870) et précédant l’État français, aussi appelé Régime de Vichy (1940-1944).
Portrait de Jérôme Lalande (1732-1807)
Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande naît le 11 juillet 1732 à Bourg-en-Bresse. Élève brillant, il se prend de passion pour l’astronomie lors de ses études au collège jésuite de la Trinité, à Lyon. Envoyé par ses parents à Paris, il y étudie le droit, mais ne perd pas de vue sa passion pour les étoiles.
De retour à Bourg-en-Bresse, Jérôme Lalande exerce le métier d’avocat. Il part ensuite pour Berlin, où il participe à la découverte de la distance Terre-Lune. Cette mission réussie lui permet d’intégrer l’Académie des sciences de Berlin à l’âge de 21 ans.
En 1762, l’un des maîtres de Lalande, Joseph-Nicolas Delisle, lègue à son élève son titre de professeur d’astronomie au Collège de France1. Il compte parmi ses élèves Jean-Baptiste Joseph Delambre (1749-1822), Pierre Méchain (1744-1804) mais aussi son propre neveu, Michel Lefrançois de Lalande (1766-1839).
Jérôme Lalande participe également à la rédaction d’environ 250 articles sur l’astronomie, les mesures et la franc-maçonnerie (à laquelle il est initié à Bourg-en-Bresse) pour le Supplément à l’Encyclopédie (1776-1777).
En 1795, il est nommé directeur de l’observatoire de Paris, fonction qu’il garde jusqu’à sa mort, le 4 avril 1807.
Sa renommée, principalement issue de son travail sur l’orbite de Vénus paru en 1769, et sa contribution à populariser l’astronomie sont essentielles pour comprendre le choix du nom donné au lycée Jérôme Lalande. Ce nom, qui rend hommage à l’astronome, mathématicien et écrivain français, est adopté par décret le 28 janvier 1891.
Sur son ouvrage le plus célèbre, Gustave Eiffel fait inscrire le nom de l’astronome burgien, aux côtés de 71 autres scientifiques, ingénieurs ou industriels français ayant honoré la France entre 1789 et 1889 (année de livraison de la Tour Eiffel, prévue pour l’Exposition universelle2 de 1889, également centenaire de la Révolution française). Il y figure en seconde position, face au Trocadéro (nord-ouest).
1 Collège de France : Établissement public d’enseignement supérieur et de recherche situé à Paris et fondé en 1530 par le roi François Ier.
2 Exposition universelle : Manifestation internationale d’innovations technologiques et industrielles organisée dans une grande ville.
Avertissement
Les informations présentées dans cette rubrique sont tirées de deux parcours mémoriels réalisés par la classe de Seconde D (promotion 2023-2024) du lycée Jérôme Lalande afin de commémorer l’arrestation massive opérée par la Milice dans l’établissement le 5 juin 1944. Il n’a pas la prétention d’être un travail d’historien. Les lycéens ont rassemblé, croisé, résumé des témoignages sur un pan important de leur histoire. Leur propos est de faire découvrir à un large public les faits qui ont valu au lycée Jérôme Lalande d’être le seul lycée civil français à avoir été décoré de la Médaille de la Résistance.